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Protections individuelles contre le bruit

Selon Nietzsche « le bruit assassine les pensées »... Mais les protections individuelles contre le bruit forment un obstacle aux ondes sonores dans l’appareil auditif...

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Le bruit constitue la 4e maladie professionnelle en France. Il concerne tous les secteurs y compris les secteurs émergents, dont les services. Une étude, sur les opérateurs téléphoniques, démontre le danger engendré.Pour qu’un PICB – protection individuelle contre le bruit, joue bien le rôle de protection, il doit être efficace, c’est-à-dire qu’il doit affaiblir suffisamment le bruit auquel le sujet est exposé, le plus confortable possible, et porté en permanence.

« Un PICB peut couramment permettre un affaiblissement global de 20 dB(A).Toutefois, il est important de prendre en compte le fait que, dans les conditions de port, au cours de la journée, l’atténuation réelle peut être très inférieure à l’affaiblissement indiqué par le fabricant. D’autre part, il faut noter que tout retrait d’un PICB au cours de la journée de travail réduit très vite son intérêt. Ainsi, pour une exposition de 8 heures à 100 dB(A) avec un PICB atténuant de 30 dB(A), le non port du PICB pendant une minute diminue la protection effective de 5 dB(A). »

Le spectre audible s'étend entre 20 et 20 000 Hz

Le bruit est le résultat de la vibration d'un corps solide, liquide ou gazeux transmis, par le milieu ambiant jusqu'à l'oreille provoquant la sensation de bruit au niveau du cerveau après mise en vibration de la membrane du tympan. Notre oreille transforme ensuite le signal mécanique en signal électrique. Le bruit est donc une succession de compressions et de dilatations du milieu ambiant. On parle d'ailleurs en termes physiques de pression acoustique. Le bruit ou la presssion acoustique se mesure à l'aide d'un appareil de mesure appelé sonomètre. L'indicateur est le niveau de pression acoustique, il s'exprime en décibel (dB).

Un bruit peut avoir une tonalité plus ou moins aiguë ou grave. Pour quantifier ce phénomène, on dispose de valeurs de niveaux différentes en fonction des fréquences. Le spectre audible s'étend entre 20 et 20 000 Hertz (Hz).
Le décibel A, dit dB(A), utilisé entre autres dans la réglementation, est une unité qui intègre le fait que l'oreille est plus sensible aux hautes fréquences qu'aux basses fréquences.

La gamme des fréquences

Bilsom

« Le seuil d’audition pour une oreille normale est de 0 dB(A) (environ) à 1 000 Hz », explique Michèle Lefebvre dans sa brochure intitulée « Réduire le bruit dans l’entreprise » (Inrs, réimp. mars 2003), en collaboration avec Jean-Jacques, chargé de mission « normalisation en acoustique », et la participation des acousticiens de l’INRS.

« La gamme des fréquences conversationnelles (voix), poursuit-elle, n’occupe qu’une faible part du champ auditif. L’individu entend le mieux dans les fréquences moyennes correspondant grossièrement aux sons du langage. La musique orchestrale, par exemple, couvre une plage de fréquences beaucoup plus étendue.
Quant aux infrasons et aux ultrasons, ils ne sont pas perceptibles par l’ouïe, chez l’homme. Ils se situent aux frontières du domaine audible. De fait, aux fréquences inférieures à 16 Hz, nous n’entendons pas des sons, mais des vibrations (infrasons). Ceux-ci peuvent être générés par : certaines machines (brûleurs, compresseurs à pistons…), des gaines de climatisation, etc. Au-dessus de 16 000 Hz, nous n’entendons rien, il s’agit d’ultrasons que peuvent percevoir certains animaux (chiens, chauves-souris, etc.).
»

Le niveau sonore est une grandeur logarithmique : chaque fois que le niveau augmente de 3 décibels, on double l'énergie. 2 sources de bruit émettant unitairement 80 dB(A) génèrent ensemble 83 dB(A), et non 160 dB(A). 10 sources de bruit émettant unitairement 80 dB(A) génèrent ensemble 90 dB(A). Le niveau de bruit au point de réception va dépendre de la puissance acoustique de la source, de la distance de la source au point de réception et des conditions de réverbération du local.

La surdité professionnelle évolue lentement, insidieusement

67% des actifs français se disent dérangés par le bruit sur leur lieu de travail, selon un sondage réalisé pour l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, début 2005. Et selon l’étude Sumer 2003, en France, plus de 3 millions de personnes seraient exposées de façon prolongée à des bruits intenses, dépassant 85dB(A) sur leur lieu de travail. Les expositions de longue durée (plus de 20 heures par semaine) concernent 6,8 % des salariés. Les secteurs les plus concernés sont : l’industrie, milieu dans lequel une personne sur trois subit des niveaux d’exposition sonore gênants, et la construction.

Avec plus de 1 000 cas reconnus chaque année, la surdité constitue la 4e maladie professionnelle. Et cependant, le bruit est reconnu comme cause de maladies professionnelles depuis 1963 (tableau n° 42 du régime générale et tableau n° 46 du régime agricole). Entraînant des déficiences auditives irréversibles, ces maladies constituent un handicap majeur pour les populations exposées. Aujourd’hui,en moyenne, chaque surdité professionnelle s’élève à 1 000 euros pour l’entreprise. La surdité professionnelle représente 33% des indemnisations versées par la Sécurité sociale pour la réparation de l’ensemble des maladies professionnelles. Comment changer la donne ? Une action de réduction du bruit dans l’entreprise ne peut être menée qu’avec une implication forte de l’encadrement et de la maîtrise : parce qu’ils sont euxmêmes concernés par la surdité professionnelle, et qu’ils sont les interlocuteurs habituels des opérateurs. Il faut donc susciter chez eux une prise de conscience.

De la fatigue à la fatigue auditive !

Peltor

A long terme, le bruit provoque des surdités professionnelles. Même à des intensités moyennes
(55 dB(A)), le bruit isole du monde extérieur : il empêche la communication. Le bruit diminue la capacité d’attention globale et augmente les risques d’erreurs.
Par son effet de masque, il peut couvrir des messages d’alerte,engendrer des accidents du travail. C’est le cas de la surdité traumatique : celle-ci peut être provoquée par une exposition courte, mais violente, à des bruits très impulsifs. En altérant la santé, le bruit devient souvent source d’absentéisme. Il agit sur la tension musculaire : ne nous fait-il pas sursauter quand il est soudain ? Alors peuvent apparaître des maladies cardiaques, des désordres de la digestion, des ulcères de l’estomac… Un bruit devient dangereux lorsqu’il atteint 80dB(A) plus de 8 heures par jour, soit l’équivalent d’une route passante. Les effets ne sont pas immédiats. L’ouïe se détériore peu à peu, sans que l’on s’en rende compte. « Le problème commence par ce que l’on appelle la fatigue auditive », souligne Michèle Lefebvre, qui précise : « Après un certain temps dans une ambiance bruyante, vous vous retrouvez dans une ambiance tranquille… Les sons vous parviennent assourdis, vous avez l’impression d’avoir les oreilles bouchées… Vous venez de vivre le premier stade de l’atteinte de votre ouïe… Une exposition de quelques heures suffit pour que cette fatigue s’installe, provoquant une baisse temporaire de votre acuité auditive. Selon les individus, la fonction auditive normale est récupérée entre 12 et 36 heures. Si l’exposition se prolonge ou si le bruit s’intensifie, la perte auditive ne sera plus entièrement récupérée. »

Les appareillages pallient très partiellement la surdité

Puis, les dommages deviendront irréversibles. Il est donc indispensable, dans les entreprises et au sein des ateliers concernés, de sensibiliser chaque intervenant, chaque jour. « On devient sourd progressivement, mais par étapes, explique Michèle Lefebvre. Au début de l’activité, l’audition est très sensible. Chez les apprentis de secteurs bruyants par exemple, des pertes d’audition sont notées au bout de 3 ans seulement d’apprentissage, pour 12 heures hebdomadaires d’exposition.
Puis, la perte d’audition augmente rapidement :
- de 5 à 10 ans, on note des augmentations aux fréquences 2 000 et 4 000 Hz de 1 à 5 dB par an.
- Au-delà de 5 à 10 ans d’activité, l’évolution de la perte auditive est plus lente. La perte est en moyenne de 0,3 dB à 1,6 dB par an.
- Au-delà de 30 à 35 ans d’activité, on constate une nouvelle accélération de la perte auditive. L’oreille interne est fragilisée. »

La surdité s’accompagne d’une hypersensibilité aux variations de niveau sonore. La sensibilité à l’audition baisse, la sensibilité à la douleur augmente. A peine perçu, le son devient intolérable. Puis, les sifflements ou bourdonnements d’oreilles dominent (acouphènes). Ils peuvent apparaître à n’importe quel moment ou en continu. Les troubles au niveau de la compréhension des messages sonores, notamment verbaux, engendrent différentes conséquences, d’ordre psychologique, qui vont bien au-delà d’une simple perte de sensibilité auditive.

Pour une meilleure prévention des surdités professionnelles

Splitman HD

En la matière, un dépistage préventif doit être pratiqué selon des modalités adaptées. Depuis 1990, la réglementation incite à détecter les atteintes auditives avant qu’elles ne soient associées à des incapacités auditives.
Elle consiste :
• avant l’affectation, à vérifier que le salarié ne présente pas de contre-indication. Le médecin du travail doit procéder à un examen médical préalable à un poste de travail exposant au bruit ;
• à dépister les affections de l’oreille pré existantes. Le médecin du travail doit procéder à un contrôle audiométrique visant à dépister les éventuelles affections de l’oreille avant l’exposition aux bruits professionnels.

• à contrôler l’ouïe des salariés périodiquement, soit :
- un examen médical,
- un examen auditif, dit audiométrique,
- procéder à l’examen audiométrique avec un audiomètre dans un local très calme,
- informer les salariés des résultats, après les avoir exploités.

La protection individuelle comme palliatif

La réglementation française sur la protection des travailleurs contre le bruit accorde la priorité à la réduction du bruit à la source ou au cours de sa propagation.
Elle envisage l’usage de protections individuelles, lorsque les autres moyens sont inapplicables. Le recours à cette protection doit être temporaire ou limitée à des opérations occasionnelles. Les protections auditives doivent atténuer le bruit de manière à atteindre le bon niveau sonore, c’est-à-dire entre 70 et 85dB. En dessous de 70dB, l’atténuation est trop élevée et l’utilisateur est sur-protégé. L’évaluation des risques peut commencer par une estimation du niveau sonore. "S’il faut élever la voix pour communiquer, c’est qu’il est élevé, souligne-t-on à l’INRS. A deux mètres de distance, s’il faut crier, c’est qu’il est d’au moins 85dB(A). Le succès d’une action de réduction du bruit dépend, dans une large mesure, de la pertinence de l’analyse des situations de travail des opérateurs exposé".

PICB = PROTECTEUR INDIVIDUEL CONTRE LE BRUIT

Peltor

Il existe 3 types de solutions
> des protecteurs « passifs » : bouchons, serre-têtes, serre-nuques, casques enveloppants. Ce sont de simples barrières matérielles au bruit ambiant.
> des protecteurs « non linéaires » : ou « à atténuation asservie », leur effet augmente avec le niveau sonore ambiant par procédé mécanique (orifice très fin ou fente étroite) ou électro-acoustique (microphone + amplificateur non linéaire + écouteur restituant le son à un niveau inversement proportionnel au niveau ambiant). Les mécaniques pour bruits impulsionnels intenses ne fonctionnent qu’à partir de 120, 130 dB.
> des protecteurs « actifs » : le procédé électronique produit un « anti bruit » sensiblement identique, mais en opposition de phase avec celui capté sous le protecteur. Les dispositifs de restitution électroacoustique deviennent non linéaire, dès 65, 70 dB.Toutefois, dans une ambiance très bruyante, ces protecteurs ne présente aucun intérêt, car la restitution électroacoustique est constamment inopérante.

Port continu : les bouchons d’oreille
Ils sont souvent préférés pour port en continu, pour leur discrétion et leur adaptation en ambiance chaude, humide, et avec d’autres protecteurs (lunettes, masques…) et lors de travaux intenses. En revanche,ils sont déconseillés dans les milieux poussiéreux qui ne permettent ni la manipulation hygiénique, ni le stockage « à peu près ».
> les pré-modelés : en silicone ou en caoutchouc, ils existent en plusieurs tailles.
> ceux façonnés par l’utilisateur : ils requièrent une hygiène rigoureuse tant dans la manipulation que dans le stockage.
> ceux réalisés sur mesure : ils sont en résine synthétique, acrylique ou silicone à partir d’un moulage du conduit auditif et de l’oreille externe, percés d’un trou à l’intérieur duquel un filtre acoustique particulièrement efficace dans les aigus et permettant des atténuations allant jusqu’à 30dB dans les graves. Ils doivent leur succès au confort qu’ils offrent et se placent facilement. Mais ils doivent être très bien faits.

Port intermittent : serre-tête et serre-nuque
Ils sont faits de 2 bouchons réunis par une bande élastique ou arceau. Ils peuvent être insérés ou appliqués à l’entrée du conduit auditif.
> les serre-tête : 2 coquilles sont reliées par un arceau élastique sur le dessus du crâne pour une courte durée sur une zone bruyante. Ils sont faciles à mettre et à retirer. Il n’est pas conseillé de les porter toute la journée, car ils compressent le pourtour des oreilles et les échauffent.
> les serre-nuque : on est mieux avec. Le modèle retenu devra comporter, outre la bande de nuque, une lanière souple (utile dans tous les cas), s’appuyant sur le dessus de la tête pour assurer son maintien en position. Tous ne sont pas compatibles avec les casques antichoc.

Travaux exposant à des chocs
> les casques enveloppants : ils recouvrent une partie de la tête et sont munis de coquilles recouvrant les oreilles. Ils sont surtout utilisés dans les applications aéronautiques ou militaires (avions, hélicoptères, chars…). Ils sont équipés d’écouteurs et de microphones. Non pris en considération par la réglementation à ce jour, ils peuvent toutefois assurer un bon affaiblissement acoustique vis-à-vis des bruits extérieurs, ainsi qu’une certaine protection contre les chocs.
> les serre-tête montés sur casques : ils sont composés de coquilles fixées à un casque de sécurité. Destinés notamment aux bûcherons et aux ouvriers sur chantiers, ils trouvent leur application lorsque le port du casque de protection anti-choc est requis, et les usagers soumis à des bruits intermittents.Ces appareils limitent le port de la protection de l’ouïe et la gêne résultant de la pression des coquilles aux seules phases bruyantes.

Niveaux sonores très élevés ou bruit impulsionnels
Les casques enveloppants sont les plus efficaces pour les niveaux sonores élevés. Eux seuls peuvent, notamment, réduire le bruit transmis par conduction osseuse, qui limite l’efficacité des autres types de protecteurs.
Enfin, ils existent des protecteurs dits de communication ; ils comportent un écouteur intégré, relié à une ligne de communication qui peut être filaire, radiofréquence, infrarouge. Ils permettent la réception de programmes récréatifs (« casques à musique »), et surtout la communication verbale, même dans des ambiances extrêmement bruyantes.

Travaux Quels sont les critères de choix ?
> Il est nécessaire et indispensable de préserver la perception des messages vocaux.
> Il faut que les produits soient conformes aux normes CE.
> Ceux-ci doivent atténuer efficacement le niveau sonore. Pour ce faire, il faut prévoir une marge de 5 à 10 dB(A) de sécurité.
> Le protecteur ne doit jamais être source d’inconfort.

Quels sont les critères de réussite ?
Pour obtenir un affaiblissement satisfaisant, il faut apprendre aux porteurs à adapter correctement leurs protecteurs, particulièrement lorsqu’il s’agit de dispositifs à insérer. Les protecteurs doivent être portés en permanence. A titre d’exemple, tout opérateur qui resterait sans casque ou sans bouchon, 5 minutes par jour, à proximité d’un broyeur ou d’une machine à former, serait soumis à des niveaux sonores voisins de 110 dB(A).Toute irritation de la peau ou du conduit auditif, pendant ou après l’utilisation doit être signalée au service médical. Le protecteur doit être mis en place avec des mains propres, surtout pour les bouchons. Ceux-ci doivent être strictement personnels, bien stockés. Et on veillera à ce que l’arceau des serre-tête ne soit pas étiré et que les oreillettes ne soient pas déformées.

Une signalisation des locaux bruyants
Les mesurages de niveaux d’exposition sonore permettent de repérer les ateliers ou les emplacements de tratechnique vail à risque potentiel.S’ils sont occupés en permanence ou durant huit heures par jour, un certain nombre de dispositifs de signalisation doivent être impérativement installés. C’est au chef d’entreprise de déterminer la signalisation de sécurité après consultation du CHSCT ou à défaut des délégués du personnel.
> On se doit d’avertir les salariés du danger ou du risque. On peut y remédier, soit avec un affichage en clair, soit avec un panneau de signal d’avertissement défini, ou en combinant les deux.
> On peut signaler que le port des protecteurs individuels est recommandé ou obligatoire.
> On peut réglementer l’accès des lieux où les niveaux sonores atteignent ou dépassent 105 dB(A).
> Un panneau doit être visible et immédiatement compris.
> Un panneau doit être adapté au type de bruit : la mise en place de panneaux de signalisation fixes est la mesure la plus appropriée. Lorsque la protection individuelle semble le moyen temporaire préventif le mieux adapté à la situation, il convient de déterminer les périodes durant lesquelles le personnel concerné doit être protégé et d’indiquer clairement ces périodes. A titre préventif, il est possible d’indiquer par un dispositif de signalisation électronique à affichage lumineux le niveau sonore moyen mesuré et intégré sur une courte durée d’observation (une minute, par exemple).
Chaque fois que cette signalisation est mise en place, soit pour détecter la présence de bruits dangereux, soit pour imposer le port des protecteurs individuels, il est souhaitable que son activation dure aussi longtemps que l’opération bruyante. Qu’on se le dise !

Pour en savoir plus

Cet article est extrait du Magazine PIC - numéro 42 de janvier/fevrier 2007.
Pour plus d'information sur nos publications, contactez Juliette Bonk.

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