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Les allergies en milieu professionnel : 4 % des maladies professionnelles

Pour qu’il y ait allergie il faut un agent sensibilisant, une exposition et une personne allergique. Autant dire que les allergies concernent un grand nombre de professions et un nombre également élevé d’individus. Pour s’en prémunir, quelques notions indispensables.

Introduction

Quoi de commun entre un boulanger, un coiffeur, un cuisinier, un artisan ébéniste, un laborantin, un agriculteur ou un mécanicien ? Ils sont tous susceptibles d’être exposés à des agents allergènes et travaillent dans les principaux secteurs concernés par les allergies (voir Tableau 1 ci-dessous).
Cutanées, respiratoires ou oculaires, les allergies concernent donc un grand nombre de professions et d’activités. Ces dernières années, elles ont connu une augmentation spectaculaire. Il en est ainsi de l’asthme professionnel (AP) qui « responsable de 5 à 10 % de tous les asthmes, il est la plus fréquente des maladies respiratoires professionnelles dans les pays industrialisés. Il y aurait ainsi chaque année entre 1 250 et 5 000 nouveau cas en France »(1). Les allergies cutanées (eczéma) sont également très fréquentes. Les autres pathologies pouvant être causées par des allergies sont les alvéolites (appareil respiratoire), les urticaires de contact (peau), les conjonctivites pour les yeux (voir tableau 2 ci-dessous: Estimation annuelle des allergies professionnelles).
Comme le souligne l’INRS, « il est difficile, voire impossible, de donner une répartition en fréquence des allergies d’origine professionnelle en France : il n’existe pas de système de suivi national de données épidémiologiques pour l’ensemble de ces pathologies »(2).

Tableau 1 : Les principaux allergènes professionnels et allergènes

Tableau 2 : Estimation annuelle du nombre de pathologies allergiques professionnelles (pour une population de 100 000 travailleurs
Source : INRS, Dossier « Allergies en milieu professionnel ». www.inrs.fr

Les agents biologiques : les premiers responsables

Les allergies d’origine professionnelles sont dues à des agents sensibilisants ou allergènes. Ils sont très nombreux. Plus de 350 agents en milieu de travail ont été identifiés comme étant à l’origine d’allergies professionnelles. Une douzaine d’entre eux est à l’origine de la majorité des allergies d’origine professionnelle. Dans le secteur du bâtiment et travaux publics, c’est la poussière inhalée sur les chantiers qui est la première cause de problème. Les travailleurs du BTP peuvent également développer des allergies cutanées dues au chrome et au cobalt (allergènes de contact), métaux entrants dans la composition du ciment.
Les métaux (nickel, plomb, etc.), les poussières métalliques, les composants des huiles de coupe, des bains électrolytiques comportent des allergènes auxquels soudeurs, métallurgistes ou peintres peuvent être sensibles. Les travailleurs du bois, quant à eux, peuvent être sensibles aux particules et aux poussières de bois, bois exotiques ainsi qu’aux composants des vernis et des colles ou aux résines entrant dans la composition des stratifiés ou des agglomérés.
Enfin, le caoutchouc des gants et bottes contenant une amine nommée IPPD (ou 4010NA ou isopropylphénylparaphénylènedi-a-amine utilisé comme antioxydant), de même que le latex peuvent également causer des allergies.
Mais ce sont les agents biologiques qui sont le plus souvent en cause. Selon l'Observatoire national des asthmes professionnels (Onap), ils sont responsables de 48,6 % des cas, devant les agents chimiques en cause dans 42,8 % des cas et les métaux de 2 %. Cependant, six métiers sont, à eux seuls, responsables de plus de la moitié des cas en France…

L’asthme : la principale maladie

Selon la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF), et la Société Française de médecine du travail (SFMT), six métiers sont responsables de plus de la moitié des asthmes professionnels en France : boulangers et pâtissiers, métiers de la santé, coiffeurs, peintres, travailleurs du bois et employés de nettoyage.
Ainsi, 20 % des AP sont observés chez les boulangers et les pâtissiers (29 % chez les hommes et 5 % chez les femmes). La farine en est évidemment la principale cause. Mais, ces métiers sont exposés à d’autres allergènes : enzymes pour améliorer la farine, contaminants de la farine (acariens de stockage, blattes, etc.). Ces métiers sont suivis par les professionnels de la santé (personnel soignant, paramédical et médical) qui représentent 10 % des AP (principalement des femmes). Le latex est l’allergène le plus fréquent. Viennent ensuite les coiffeurs et les peintres (8 % des AP), les travailleurs du bois (5% des AP, 8 % chez les hommes) (3) et les personnels de nettoyage (5 %, 9 % si l’on ne tient compte que des femmes).

Facteurs de risques

Comme on vient de le voir, la profession exercée et le secteur professionnel dans lequel on travaille sont des facteurs déterminants en matière d’allergies professionnelles. Ils ne sont pas les seuls. Comme le souligne un dossier de l’INRS (4), il faut également tenir compte des facteurs individuels et environnementaux. « Le facteur de risque le plus déterminant est l’importance de l’exposition à l’agent déclenchant : plus celle-ci est élevée, plus le risque de devenir sensibilisés vis-à-vis de l’agent est important ». Par ailleurs, « la fréquence et la durée de l’exposition à l’allergène sont aussi à prendre en compte ». Les facteurs individuels, quant à eux, recouvrent le « vécu » de la personne : antécédents familiaux, par exemple, ou maladies de la petite enfance.
Les allergies professionnelles sont donc complexes et multiples. D’autant plus, qu’elles ne se déclarent pas toujours immédiatement. Il faut parfois plusieurs mois ou années pour que la personne concernée développe la maladie. D’où l’importance d’un suivi efficace du personnel et d’une parfaite identification des risques et des matières ou produits allergènes.

Qu’est-ce qu’une allergie ?

Notre corps, notre organisme, est protégé de l’extérieur, d’une part, par la peau, d’autre part, par les muqueuses. On parle d’allergie quand la barrière physiologique (peau ou muqueuse) est rompue. Dans ce cas, notre immunité dite passive ne fonctionne plus. Les traitements utilisés contre les allergies tendent d’ailleurs à rétablir cette immunité.
Concrètement, l'allergie est une réaction anormale (excessive, inadaptée, etc.) de notre système immunitaire, due à un contact avec une substance étrangère à l'organisme - l'allergène -, qu'on dit « antigène ». Souvent, ces substances sont bien tolérées. Mais chez certaines personnes, elles sont perçues comme dangereuses par nos cellules. Il y a alors allergie. On parle aussi d’hypersensibilité.

Les principales allergies

> Allergies cutanées :
Le contact de la peau avec des substances utilisées en milieu de travail peut provoquer des dermatoses, dont certaines ont un mécanisme allergique : eczéma de contact allergique, urticaire de contact, dermatite de contact photo-allergique.

> Allergies respiratoires :
Ces allergies sont des rhinites, des asthmes et des alvéolites.

> Allergies oculaires :
Les conjonctivites sont le plus fréquentes. Elles sont souvent associées des rhinites. L’eczéma des paupières d’origine professionnelle est, quant à lui, souvent associé à d’autres localisations. On le classe dans les eczémas cutanés.
Source : INRS

Notes :

1. Source : SPLF, SFMT et ministère de la Santé.
2. INRS, Dossier « Allergies en milieu professionnel ». Cet intéressant et instructif dossier est consultable en ligne à l’adresse suivante : www.inrs.fr/htm/allergies_en_milieu_professionnel.html
3. Observatoire national des asthmes professionnels (Onap).
4. INRS, Dossier « Allergies en milieu professionnel ».

En savoir plus


Cet article est extrait du Magazine PIC n°48 / Décembre 2007 - Janvier 2008.
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