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Gants anti-coupures : plus de sécurité pour moins cher

On ne choisit pas ce type d’EPI n’importe comment. Si le coût peut rentrer en ligne de compte, il ne peut être le seul paramètre. Confort, ergonomie, dextérité et sécurité sont primordiaux.

Introduction

Les fabricants de gants de travail sont aujourd’hui confrontés à un paradoxe. D’une part, le souci de la sécurité de plus en plus présent fait que les utilisateurs réclament une protection plus élevée. D’autre part, les accidents du travail coûtent cher. Selon les sources, le coût moyen d’une blessure de la main serait compris entre 7 500 et 20 000 euros. Parallèlement, l’existence de nouveaux types de fibres et de revêtements permet à l’industrie de fabriquer des gants plus confortables. Ce progrès n’échappant pas à l’utilisateur, celui-ci veut un degré supérieur de confort. Le revers de la médaille de ces évolutions est une pression accrue sur les prix et la nécessité de comprimer au maximum le coût des produits et des services achetés. Ceci se vérifie particulièrement dans des secteurs industriels comme l’automobile où, chaque année, la pression sur les coûts s’accroît. Les acheteurs veulent toujours payer moins cher pour le même niveau de protection…

Un marché en forte croissance

« La demande en gants anti-coupure est de plus en plus importante. Le marché est en forte croissance, constate Cyril Veillat, chef produit gants chez Sperian Protection. Des secteurs peu sensibles à ces problématiques sont aujourd’hui demandeurs. Je pense au BTP, par exemple. Cette croissance s’explique en grande partie par les efforts fournis par les fournisseurs en matière de sensibilisation auprès des utilisateurs. C’est un travail de longue haleine qui commence à porter ses fruits. La normalisation et la réglementation ont également joué un rôle ».
Le gant cuir est encore assez répandu sur le marché du gant de protection. Il représenterait entre 35 % du marché des gants, juste derrière les gants enduits (40 %) et devant les gants fibres techniques (25 %). « C’est indéniable : les gants enduits prennent des parts de marché, remarque Thierry Favrot, directeur commercial France industrie chez Rostaing. Ils gantent bien. Ils semblent plus confortables à l’utilisateur ».

Toujours plus

« Nos clients recherchent des gants de plus en plus confortables, constate Thierry Favrot. Ils veulent plus de protection plus de dextérité, de préhension, et plus d’ergonomie. Tout cela pour un coût qu’ils souhaitent adapté. Même constat chez Sperian : « Les gants doivent aujourd’hui être plus fins, plus performants, plus confortables et de moins en moins chers, confirme Cyril Veillat. Pour obtenir ce résultat, véritable quadrature du cercle, les fabricants doivent travailler sur les fibres ou les enductions et investir en R&D. Seule l’innovation permet de satisfaire ces besoins ».
« Nous assistons aussi à un déplacement du marché des gants en Kevlar vers des produits Dyneema enduits (polyuréthane pour les milieux secs, nitrile pour les milieux humides), poursuit Cyril Veillat. Ces produits sont plus fins et plus confortables. Leur adhérence – grip – est plus grande. Il procure à leur utilisateur une réelle sensation de frais que Dyneema a bien mise en évidence via des tests sur la propagation de chaleur. Le Dyneema a gagné beaucoup de parts de marché et doit se situer aux alentours des 60 % aujourd’hui. Il faut signaler que nous voyons arriver sur le marché des gants fabriqués avec des fibres composites – polyester et fibre de verre – à des coûts bon marché et classés 5 à la coupure. Or, la fibre de verre est certes résistante à la coupure mais fragile : elle peut casser et devenir dangereuse. Pour la rendre parfaitement sure, Sperian a décidé de développer des produits à base de fibres verre et d’acier entièrement protégées par, entre autres, un procédé de guipage. C’est une opération supplémentaire qui a aussi un coût, de l’ordre de 20% en plus ».

L’anti-coupure parfait n’existe pas

« Le gant anti coupure parfait n’existe pas, affirme Jean-Luc Denecker, directeur marketing produit et directeur commercial Europe chez Procoves, si ce n’est le gant cotte de mailles et encore, il ne résiste pas à une disqueuse par exemple. Il faudrait parler de gants de protection contre les hauts risques de coupure. Comme pour les autres EPI, c’est une affaire de compromis. Il nous faut prendre en compte les impératifs de productivité et d’ergonomie du porteur afin de lui proposer la meilleure protection possible. Notre force chez Procoves est de posséder une marque comme Whizard, intégrée en amont. Nous contrôlons notre filière de la conception et la fabrication des fils jusqu’à la fabrication du gant. Nous sommes ainsi capables d’adapter les caractéristiques mécaniques de nos fibres et de nos mélanges aux impératifs de protection au poste de travail ».
« Sur le marché du gant anti coupure », Chez Rostaing nous prescrivons de la sécurité, en améliorant sans cesse la protection du salarié et tendre vers le zéro accident », explique Thierry Favrot. Pour cela, il nous faut travailler au plus près de l’utilisateur et bien connaître ses besoins. Il nous faut aussi, sans cesse, innover, développer de nouvelles solutions afin que le gant soit plus agréable à porter, donc plus facilement accepté. La panacée en matière d’EPI, et de gants anti-coupure n’existe pas. Le bon gant est le résultat d’un compromis entre son adéquation au poste de travail et ses avantages pour l’utilisateur. De cette ‘’équation’’ naît l’acceptabilité de l’EPI ».
« Les utilisateurs, confrontés à des impératifs budgétaires, cherchent à réduire leurs stocks d’EPI. Les gants n’y échappent. Ils nous demandent souvent des gants multi-usages associant protection contre la chaleur, les coupures, les huiles et autres graisses, tout en étant confortables. C’est un peu le mouton à cinq pattes. A nous, après étude du poste de travail, de leur faire admettre un gant qui sera le meilleur compromis entre toutes ces caractéristiques D’autres clients qui recherchent une solution miracle auraient tendance à se surprotéger. Cette démarche peut aussi avoir des inconvénients : nuire au confort de l’utilisateur, par exemple. Dans ce cas, le gant ne sera plus porté », remarque Jean-Luc Denecker. Opinion que partage Cyril Veillat. « C’est un fait : la surprotection a tendance à se développer. Il faut y faire attention. Notre devoir de conseil et notre capacité à accompagner l’utilisateur sont ici primordiaux. Il nous faut étudier le poste de travail. Pour certains métiers, la surprotection peut être facteur de danger en présence d’objets tournants. Un gant en fibres très résistantes ne cèdera pas sur il est happé par la machine. La main sera entrainée… ».
En matière de protection de la main, on ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Les Américains vont la différence entre « cut resistant » et « cut proof ». Ce dernier n’existe pas. Un bon gant doit assurer la bonne protection au bon endroit.

Marquage et normalisation des gants

Ce marquage apparaît sur l'emballage des gants.
> EN 420 : cette norme est la norme minimale concernant le choix d'une paire de gants. Elle définit essentiellement les exigences concernant la conception, la composition, le respect des tailles, le marquage et les informations à donner aux consommateurs concernant le gant. Toutes les autres normes portent sur des caractéristiques spécifiques qui se surajoutent à l'EN 420.
> EN 388 : il s'agit de la norme encadrant la protection contre les risques mécaniques.
Les 4 chiffres figurant sur la droite du pictogramme sont les résultats obtenus aux tests suivants (dans l'ordre) :
- Résistance à l'abrasion (note de 0 à 4).
- Résistance aux coupures par tranchage (note de 0 à 5).
- Résistance à la déchirure (note de 0 à 4).
- Résistance à la perforation (note de 0 à 4).

Les gants : 20 à 25 % du marché des EPI

On estime le marché des EPI entre 750 et 800 millions d’euros. Les gants représenteraient 20 à 25 % de ce marché dont :
> Gants enduits : 40 %
> Gants cuir : 35 %
> Gants fibres techniques : 25 % (tendance à la hausse)
A court terme, avec la désindustrialisation de la France, les fabricants vont devoir explorer d’autres marchés, en particulier, les pays émergents. Par contre, certains secteurs offrent de réelles perspectives de développement : l’énergie, le transport, le frigorifique, le BTP. Ils devraient consommés de plus en plus de produits techniques.
D’ici à 2012, le marché des gants devrait croître de 5 % par an.

Comment bien choisir un gant

Un gant pour être porté doit être accepté par son utilisateur. Il faut donc qu’il soit confortable, ergonomique et protecteur. Il ne doit pas nuire à la dextérité (même si l’importance de cette dernière varie selon les postes de travail.
« Un gant anti-coupure efficace est le résultat de l’association de plusieurs éléments. Isolés, ces derniers ne suffisent pas à assurer une bonne protection. Et peuvent même être source de danger, explique Jean-Luc Denecker. Les filaments continus d’acier inoxydable (diamètre de 20 à 30 microns) doivent être associés, par exemple, à une fibre anti-abrasion. Un bon gant en fibres se compose d’une fibre anti-coupure incluse dans un guipage. Le fil d’acier ou la fibre de verre sont enveloppé de produits résistants à l’abrasion appliqués dans des sens différents. Autre facteur important : la finesse du gant. A performances équivalentes, elle fait la différence. Aujourd’hui, nous savons faire des gants de plus en plus fins. Des jauges 10 ou 13 (nombre d’aiguilles dans un espace d’un pouce anglais soit 2,54 cm) sont courantes. Cette finesse n’est pas perçue comme un risque de blessure par l’utilisateur si le fabricant lui démontre l’efficacité du gant (tests à l’appui) et l’accompagne lors de la prise en main. Nous devons accompagner le client. Réaliser des audits du poste de travail, le former, l’informer, le conseiller ».
« Il faut tenir compte de l’environnement dans lequel va être utilisé le gant, souligne Thierry Favrot. Si le gant entre en contact avec des graisses ou des huiles, il vaut mieux privilégier un tricoté avec enduit nitrile ou renfort cuir, en milieu sec, on choisira un tricoté avec enduction polyurethanne (PU). Enfin, il faut bien comprendre que derrière le niveau de performances 4 ou 5 normatif, se cachent des réalités« terrain » avec de véritables contraintes c’est aussi d’expliquer cela à l’utilisateur».

« Le test canadien TDM est plus sévère »

Jean-Luc Denecker : « La nouvelle norme EN388 Version 2003 a introduit un nouveau test de résistance à la coupure sur une machine dite TDM selon l’ISO 13997 avec une procédure beaucoup plus dure pour les produits à évaluer. On multiplie par 2 le nombre de mesures : 10 pour l’EN388 première version, 16 à 20 pour l’Iso 13997. De plus on utilise une lame neuve à chaque mesure quand la même lame servait pour 5 mesures précédemment. Enfin les efforts appliqués sur la lame sont plus importants, plus de 1,3 kg pour le niveau 4, plus de 2,2 kg pour le niveau 5, contre seulement 500 grammes pour l’EN388 initial. Les résultats sont incomparablement plus fiables par rapport aux anciens tests. Pour obtenir le niveau TDM 4, il faut être supérieur ou égal à 13 newtons de force appliqués sur la lame et supérieur ou égal à 22 newtons pour le niveau TDM 5 (10 newtons = environ 1kg).
Cependant, ce test est optionnel. Chez Procoves, nous avons décidé de le faire subir à tous nos produits de haute protection coupure, notamment la gamme Whizard. Cela nous permet de fournir à nos clients des informations et des valeurs de choix beaucoup plus fiables quant à la résistance à la coupure de nos gants ».

En savoir plus


Retrouvez l'interview relative à ce dossier :
- Le point de vue d’un fabricant : DSM Dyneema

Cet article est extrait du Magazine PIC n°51 / Juin-Juillet 2008.
Pour plus d'information sur nos publications, contactez Juliette Bonk.

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